On The Edge
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Tarlabaşı - Başakşehır, Istanbul, Turquie, 2009–2013
En juin 2013, la Turquie est secouée par un mouvement de contestation sans précédent, déclenché par le projet de réaménagement du parc Gezi à Istanbul. Au-delà de cet événement, c’est l’ensemble des politiques urbanistiques et sociales menées par le parti islamo-conservateur au pouvoir (AKP), sous l’impulsion de Recep Tayyip Erdoğan, qui est remis en question. Une part croissante de la population s’oppose à des projets jugés démesurés, aux conséquences sociales et environnementales lourdes, révélant également des liens étroits entre pouvoir politique et grandes entreprises du BTP.
Entre 2009 et 2013 je me suis rendu à Istanbul chaque année pour m’intéresser aux évolutions en cours. J’ai choisi de mettre en regard les mutations de deux quartiers que tout oppose : Tarlabaşı et Başakşehir. Deux territoires en marge chacun à leur manière.
Tarlabaşı, quartier central situé à proximité de la place Taksim, est historiquement habité par des populations marginalisées. Depuis plusieurs années, il subit une transformation brutale : gentrification accélérée, destructions massives, spéculation immobilière. Les habitants les plus précaires sont progressivement expulsés vers des périphéries lointaines, tandis que des projets immobiliers de luxe redessinent le paysage urbain.
À l’inverse, Başakşehır, en grande périphérie, incarne une ville nouvelle planifiée. Pensé comme un modèle de développement pour les classes moyennes conservatrices, ce quartier est devenu un laboratoire du mode de vie promu par l’AKP. Propreté, sécurité et affirmation des valeurs religieuses structurent cet espace en pleine expansion, marqué par une urbanisation maîtrisée et une forte homogénéité sociale et culturelle.
Entre centre en mutation et périphérie en construction, On The Edge explore les fractures urbaines, sociales et politiques qui traversent la Turquie contemporaine. Ce projet met en lumière deux dynamiques opposées mais complémentaires : l’exclusion progressive des populations vulnérables d’un côté, et la fabrication d’un nouvel idéal urbain de l’autre.