_ Epicentres

Voir les photos

Epicentres

Grand Paris, 2017-2020

 

“L’espace est un doute:
il me faut sans cesse le marquer, le désigner,
il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné,
il faut que j’en fasse la conquête”
Georges Perec - Espèces d’espaces, 1974

 

 

En 2007, l’annonce de la naissance d’un Grand Paris est une secousse de taille dans une histoire fondée sur la confrontation de deux polarités puissantes et apparemment irréconciliables : la capitale et la banlieue. Comment se défaire de la force centripète de la capitale parisienne pour la voir en grand ? Comment décoloniser un imaginaire fondé sur une idéologie de l’extension depuis plusieurs siècles ?

 

Voilà dix ans que chercheurs, artistes, aménageurs, architectes, urbanistes, élus et citoyens s’interrogent sur la forme de cette métropole déjà-là et encore à venir.

 

En 2017, onze photographes décident de prendre le pouls de ce territoire qui se cherche encore. Ils arpentent ses reliefs, attentifs aux traces laissées par les mouvements tectoniques à l’œuvre dans les pratiques, les aménagements ou l’imaginaire. Ils se font sismo-graphes de ces transformations, parfois brutales, parfois plus lentes.

Car en changeant d’échelle, le Grand Paris change intrinsèquement de nature et la ville laisse place à l’ « après-ville », à une condition urbaine considérée comme informe et infigurable. Il s’agit donc de s’atteler à la tâche de parcourir ces territoires, ces lieux, ces histoires pour en proposer un récit visuel renouvelé.

Une impulsion qui s’accompagne immédiatement d’une évidence : l’invention d’une nouvelle poétique de l’expérience exige de changer les termes même de cette expérience.

Laissant de côté la posture de l’auteur solitaire, les photographes choisissent de travailler en communauté à la recherche de cet « en-commun » grand parisien. Les déambulations urbaines et imaginaires ne suivent pas le tracé d’un itinéraire guidé par l’expertise des lieux ou l’inventaire des sites. Ils se fient aux tremblements ressentis ensemble sur le terrain, moments rares où ces artistes aux parcours parfois divergents se retrouvent dans un même intérêt, où leurs regards convergent. Ainsi se déterminent les épicentres proposés ici, lieux à la fois singuliers et communs. Marqués par leurs situations géographiques, historiques, politiques particulières, ils acquièrent une dimension métaphorique et incarnent chacun un des versants de l’« après-ville » émergente.

 

Raphaële Bertho

Maîtresse de conférences en Arts à l'Université de Tours.
Historienne de la photographie, elle travaille depuis 2005
sur les enjeux esthétiques et politiques de la représentation
du territoire contemporain.