118, an ordinary closure

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Le 17 février 2010, les 118 salariés des Produits Céramiques de Touraine ont appris la décision du groupe Sanitec de fermer l’usine de Selles-sur-Cher à l’été, de délocaliser la production en Pologne et en Italie. Changeons les dates à quelques jours ou mois près, changeons le nom des usines : on retrouve les mêmes annonces plusieurs dizaines de fois répétées, au point qu’aucune ne fait événement. C’est juste le bruit de fond auquel on s’habitue et dont on ne parle pas. Car on ne parle pas de ce qui ne fait pas fracas. A bas bruit, s’organisent des fermetures d’activités, trop courantes pour être relayées. Elles ont lieu dans des petites unités de production. Aucune n’est significative à l’échelle nationale, à l’échelle politique. Ajoutées les unes aux autres, pourtant, elles font que quelque chose se vide : la possibilité d’un avenir, peut-être, sur de nombreux territoires. Une fermeture ordinaire, c’est le projet de témoigner de ce temps suspendu où les négociations ont lieu, où la lutte est possible et tentée, et où chacun, oscillant entre l’exaspération et le désarroi, cherche ce qu’il peut faire pour changer le cours des choses, l’infléchir du moins. C’est le projet, par l’écriture, de faire entendre les paroles prononcées dans cette histoire, quand on n’en donne à voir, de loin, que les chiffres. C’est aussi un parti pris photographique, celui de quitter le point de vue du grand tableau épique de l’économie, d’entrer dans les lieux de l’arrière-plan, de photographier les visages, l’appareil de production voué à disparaître. C’est se rapprocher encore, dans le détail des choses vues et vécues, pour qu’en gros plan, on voie à quel point celles-ci font signe, loin de l’anecdote. Comme une réponse, par ces images si proches, aux décisions prises de trop (?) loin.